L’autogestion Algérienne

Cinquantième semaine du Hirak. Presque tous ceux et toutes celles qui, depuis presque un an maintenant, investissent les rues semaine après semaine ne savent rien de Mezioud Ouldamer, tous et toutes ignorant jusqu’à son nom. Étouffer, isoler les voix subversives est un art parfaitement maîtrisé par le pouvoir algérien, et les aides (notamment françaises) ne manquent pas à cette entreprise.

Pourtant cette voix elle est nécessaire, avec elle nous traversons une une brève et succincte Histoire de l’Algérie postcoloniale, mais toujours colonisée, avec justement les analyses sur le vif – des analyses que l’on peut parfois contester, elles ont le mérite d’être formulées – . Mais il faut avant tout retenir son efficacité, à Mezioud Ouldamer quand il évoque le pouvoir algérien en place « semblable à tous les néopouvoirs sous-développés, issus des mouvements de fausse décolonisation, qui ont partout remplacé les anciennes puissances impérialistes par des coteries locales indigènes entièrement inféodées au capital international.. »

Efficace quand il désigne les origines de ce système, quand il remonte justement à la source du pouvoir et sa constitution :

« Les luttes internes de la bureaucratie algérienne, pendant la guerre et dans la période 1962-1965, ont pris la forme de luttes de clans, de rivalités personnelles, d’inexplicables dissentiments entre leaders, d’obscurs renversements d’alliances. Ceci était la filiation directe des conditions régnant dès avant l’insurrection, autour de Messali Hadj ».

Il faut l’écouter évoquer brièvement l’islamisme toujours dans ce même texte de 1963*« les signes d’islamisation dans les lois ou règlements. » L’islamisation ne fut pas et n’est pas dans et parmi le peuple, c’est d’abord dans l’état, ses structures et ses lois que l’islamisme se niche. Évidence qu’une certaine classe intellectuelle algérienne ne comprend pas toujours, plus 60 ans plus tard.

Il faut lire cette «  Adresse aux révolutionnaires d’Algérie » pour l’acuité et la lucidité des textes, celle de la désignation des ennemis d’hier et d’aujourd’hui :

« Les forces si bien cachées derrière le « Frère musulman » Boumédiène ont ce but clair : liquider l’autogestion. »

L’autogestion, c’est là, le mot qu’il faut réintroduire en Algérie ! Le mot qui manque peut-être, l’idée est là, elle plane par une sorte d’inconscient collectif, quand les algérien.es ont rejeté l’élection truquée, ils et elles ont déjà un pied dans l’autogestion, la compréhension de la vacuité de la démocratie représentative, là, d’où je pianote les touches, cette terrasse un peu enfumée, pas plus tard qu’hier voici qu’un gars sorti de son turbin quotidien, s’installant avec ses collègues avait eu ses mots :

الديكتاتورية ولا الديمقراطية كيف كيف / la dictature et la démocratie, c’est du kif kif, الأول يعلاع الصلة بالسلاح, le premier confisque le pouvoir par les armes, الزاوج بالقانون le deuxième avec la loi.

Tout bien condensé, agencé, efficace, résumant bien mieux les bêtises que je raconte et on vous raconte !

Rien de plus à dire que de vous renvoyer donc vers adresse aux Révolutionnaires d’Algérie texte détonnant, vif, détonateur qui demande qu’à être pris, enclenché et déclenché !

C’est du côté de Libertalia. Textes rassemblés et présentés (de manière limpide) par Nedjib Sidi Moussa. L’édition établie par Charles Jacquier. Tout ça pour moins de 10 balles, 8 balles pour être précis !

Prolonger la lecture :

Les spectres algériens de Guy Debord.
Les situationnistes et l’Algérie une radicalité indépassable. 

Posté le 1er février 2020 par ahmedslama
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