La valeur marchande de la vie et les dits philosophes

Quand on interprète la vie, l’existence uniquement dans et par la valeur marchande, la valeur économique, il y en aura forcément qui vaudront moins, voire rien par rapport à d’autres. La logique n’est pas nouvelle, le contexte actuel ne fait que la montrer sous un jour plus cru...

Les premières semaines écoulées, ça se réagence, lentement et très sûrement, pas le monde de l’après, le même mais en creusant plus profond, en accélérant la marche, ce qui était prévu dans quelques années, advient et adviendra maintenant. Et pour accompagner la marche, rien de mieux que quelques philosophes ou étiquetés comme tel – donnons leur le droit tout de même d’être de mauvais philosophes, ça existe aussi. Ça n’a pas échappé, ils ont ouvert leur gueules, dispensé et administré leurs vues régentées par leur vision du monde ; leur réalité. Celle d’une classe bourgeoise aisée, et qui ne cherche que son intérêt propre, celui de sa subsistance et de la perpétuation de sa domination.

On va s’arrêter sur André Comte-Sponsville, du côté de France Inter, qui malgré les milliers de morts continue de nous vendre l’idée de la gripette, et charpente le tout avec une rhétorique des plus méprisantes, qu’importe les morts, faut que l’économie continue de tourner, de toute manière, comprenez la mort a toujours existé, avant ou après, qu’est-ce que ça change ?

Merveilleuse rhétorique, puisque la mort est inéluctable inutile de s’en protéger, qu’il y aille, lui, le premier, qu’il sorte de son confinement et aille s’y frotter !

L’éminent philosophe, ajoute, avec cette crise, quel monde va-t-on laisser à nos enfants ? Le sacrifice, toujours le sacrifice, sera-ce André qui se sacrifiera ? André n’est en pas EHPAD. Sera-ce André qui travaillera ? André qui, comme beaucoup de retraités, devra sortir pour aller chercher ses courses ? Non, André peut rester chez lui, il en a les moyens, quand il use de ce nous, celui des personnes âgées, disant je me fais beaucoup plus de soucis pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de septuagénaire, il s’inclut dans la tranche d’âge et écarte dans le même mouvement la classe, la classe sociale, celle des Chibanis qui meurent dans l’isolement et le silence aujourd’hui, celles et ceux qui crèvent dans les EHPAD.

Et puis que vaut la vie d’un septuagénaire face à celle d’un enfant ? Ni plus, ni moins, simplement, une vie est une vie. Pour celui ou celle qui tout au long de sa vie n’a eu que sa force de travail à louer, à vendre, le cap de la soixantaine, la retraite, c’est une libération, libération (même relative) du travail marchand du travail de la marchandise ou du service, de l’emprise d’aller vendre son existence pour la poursuivre, en somme du travail-mort et sa représentation dont je vous parlais dans la dernière vidéo de littéralutte.

Il nous dit comme ça que la vision médicale prend le pas sur tout, et on en parle, de sa vision, à lui, purement économique de la vie, de l’existence, lapsus révélateur ou propos assumé, il nous dit regretter l’absence d’économistes sur les plateaux télé, remplacés par des médecins. Pour Comte-Sponsville et les thuriféraire du travail, ceux qui ne jugent, n’interprètent l’existence que dans et par le travail, que dans et par la valeur économique que peut produire tel ou tel individu, pour ces ordures, passé le cap des soixante ans, l’existence n’a plus de valeur économique donc plus de valeur tout court. Êtres humains machines, une fois inemployables, aller, que ça file dans son carré de terre.

Autre dit philosophe, faisant partie de ces doxosophes et qui tournent, tournent partout et tout le temps moulinent, moulins à produire du vide, vide de la pensée, partout et tout le temps répercutés, Finkielkraut, lui qui, pour se donner bon genre, critique la société de consommation et la circulation permanente de la marchandise, Finkielkraut parfait représentant de ce que Robert Kurz appelle le « pessimisme culturel. »1. Et qui nous parle, sans rire et avec tout le sérieux du monde, de la libre circulation des personnes désormais ralentie par la situation actuelles, libre circulation des biens et des marchandises, oui, mais où l’a-t-il vue, lui, la libre circulation des personnes ?

Il nous annonce que le virus « frappe indifféremment les riches et les pauvres »2, encore et toujours de la foutaise, dans le monde, comme en France, l’obésité et le diabète sont des facteurs aggravants de la maladie. Obésité et diabète qui touchent les classes les plus défavorisées, obligées, à cause de leurs faibles revenus, de s’alimenter avec la mal bouffe suscitées par l’organasitaion sociale marchande.

Et puis c’est encore et toujours l’occasion pour le réactionnaire en chef d’en rajouter une couche sur les quartiers populaires, sur le colonialisme de sa pensée, l’orientalisme qui régit l’ensemble de ses discours et de ses écrits. PAs pour rien qu’il cite à tour de bras Renan, continuateur du travail de Sylvestre De Sacy promoteur de la construction d’un orient dans et par l’occident3, d’une représentation des immigrés et de l’étranger comme douteux, bizarre et dangereux.

« le trafic continue, les contrôles policiers dégénèrent en affrontements, des jeunes dénoncent une maladie ou un complot de « Blancs » et les maires hésitent, malgré les attroupements nocturnes, à imposer un couvre-feu parce qu’ils n’auraient pas les moyens de le faire respecter. Union nationale, bien sûr, mais formons-nous encore une nation ? »4

C’est là où se met en place toute la sophistique de Finkielkraut, lui qui reprochait à Damasio et Agamben de n’avoir « aucun égard pour la condition humaine », l’a-t-il lui, cet égard ? Pour celles et ceux que la police tue, pourles passages à tabacetles meurtres ?

C’est que pour Finkielkraut et bien d’autres, les habitants des quartiers populaires ne sont pas humains, en cela Finkielkraut n’est qu’un piètre continuateur de De Sacy et Renan, pour eux, l’indigène n’est pas humain.

1 - La critique envers le société de consommation de la bourgeoisie cultivée, dont Finkielkraut est un représentant, « se focalise sur le contenu social des produits en question et leur noyau politico-économique sont, quant à eux, passés sou s silence et ne font plus généralement l’objet d’aucune réflexion. Cette forme de « pessimisme culturel » est donc une formation réactionnelle purement intracapitaliste. » Robert Kurz, L’industrie culturelle au XXIème siècle, édition Crise & Critique, 2020, p.10.

2 - https://www.midilibre.fr/2020/04/06/alain-finkielkraut-dans-cette-epreuve-nous-avons-tous-notre-role-a-jouer,8835745.php

3 - Voir Saïd, Edward, L’orientalisme, l’orient crée par l’occident, Seuil, coll. Points Essais, Paris, 2005 [1980].

4 - https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-le-nihilisme-n-a-pas-encore-vaincu-nous-demeurons-une-civilisation-20200326

Posté le 18 avril 2020 par ahmedslama
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