Homosexualité, Hirak et chanson populaire

... un an de luttes, ça permet peu à peu, progressivement, de porter toujours plus loin les revendications, toujours plus loin l’affirmation de soi, quand d’autres pérorent sur la supposée mort ou échec ou pourrissement ou tout ce que vous voudrez du Hirak, non, en cet An II, de nouvelles dynamiques s’amorcent difficilement, certes, mais doucement et sûrement ! Celle de l’homosexualité dont rendent compte ici Libération et son correspondant Dahmane Kira, avec un titre bien maladroit (je trouve),

j’avais entendu, il y a quelques mois un débat entre féministes algériennes - maladroitement intitulé "comment se battre pour l’égalité sans faire peur au Hirak ?". On y posait la question de l’unité, comment lutter contre le patriarcat, inclure le patriarcat dans le Hirak, sans pour créer de conflits et d’oppositions au sein du Hirak, on le sait bien la question du patriarcat est difficile à entendre pour beaucoup* ; ici donc, un an après le début de Hirak, un peu d’un an après ce débat entre certaines féministes algériennes, voici que surgit la question de l’homosexualité.

Tout à fait paradoxale cette question en Algérie, une homosexualité chez les artistes, un des chanteurs de raï** les plus populaires Cheb Abdou الشاب عبدو ( de son vrai nom Niar Abdel Moutaleb نيار عبد الموطالب) ne cache pas son orientation sexuelle et la chante même. Ci-dessous une chanson où il raconte la manière dont son amant l’appelle en masquant son numéro, où il évoque le risque d’entretenir une relation amoureuse avec un homme,

"قلاعل لفشور دال ابل ماسكي عليه انريسكي / il (son amant) a enlevé l’afficheur (du portable) il m’a fait un appel masqué, pour lui je risque tout

chanson reprise en chœur, chanson que j’ai pu écouter durant mon enfance et mes éphémères adolescence et jeunesse algérienne ; bon, on la connaît aussi la représentation de l’homosexuel-les artistes - de manière détournée "Qui veut tuer Roger Rabbit ? " en donne une représentation assez éloquente, les exemples en ce sens abondent -. Et c’est là que ce noue le rôle de la chanson populaire, on l’a vu avec Béranger lors de notre dernière vidéo, la manière dont elle permet la diffusion d’idées, de contourner la censure. à ce titre, et toujours en Algérie, on peut également citer Cheb Hasni الشاب حسني (Hasni Chakroun شقرون حسني) assassiné en 1994, Hasni dont les chansons (encore chantées et reprises aujourd’hui) ont permis à plusieurs générations d’hommes algériens de briser la mythologie viriliste et machiste, de casser et briser les conceptions réactionnaires vis-à-vis de l’amour.

Pourtant cette haine de l’homosexuel, de l’amour, elle est présente dans la société algérienne. Elle n’est pas à chercher du côté du peuple, comme on nous le répète, mais toujours et encore du côté de l’état de cet état algérien qui n’a cessé depuis de Houari Boumédiène / هواري بومدين d’instiller dans et par les structures de l’état une certaine conception de l’islam, je vous en parlais avec Mezioud Ouldamer, donc voici que la parole homosexuelle prend forme en Algérie, à l’occasion de ce Hirak dont l’ampleur, la puissance ne cessera de me fasciner !

* à ma modeste mesure, la première que fois j’use de ce concept, pas que je niais le patriarcat, mais plutôt que je ne le nommais pas, préférant le vague mot de sexisme, c’est à la suite de quelques lignes que je me suis rendu compte de l’absence de ce terme dans mon vocabulaire : LE PATRIARCAT est la maladie sociale la plus meurtrière qui s’attaque aux mâles de notre société, dans leur corps et dans leur esprit. Pourtant, la plupart des hommes n’utilisent pas le mot « patriarcat » dans la vie de tous les jours. Constat qui s’appliquait parfaitement à moi. Par ailleurs le texte à te retrouver dans son intégralité "comprendre le patriarcat" ici en pdf et dont les premières lignes ont
** Raï : Le raï, est un genre musical algérien, né probablement au début du XXe siècle dans la région de l’Oranie (Oran, Sidi-bel-Abbès Mostaganem et Aïn Témouchent)2. Cette musique s’est alors internationalisée depuis les années 1990. (Wikipédia)

Pour aller plus loin :
Difficile affirmation homosexuelle en Algérie, reportage de Rose Schembri août 2019 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/08/SCHEMBRI/60160
"Premier manifeste public pour la dépénalisation de l’homosexualité en Algérie" de Zak O : https://www.baya.tn/type/a-la-une/le-manifeste-de-zak-homosexuel-en-algerie-contre-la-republique-des-freres-alligators/
Algérie : l’homosexualité, une lutte collective, Nadia Agsous : https://www.huffingtonpost.fr/nadia-agsous/algerie-lhomosexualite-un_b_4136958.html

Posté le 24 février 2020 par ahmedslama
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